Richard Tassart: « Nassyo : techniques mixtes pour œuvre de fusion »

L’homme est aussi difficile à saisir que sa peinture. Graffiti, fresques, tableaux, dessins, illustrations. Travail « dans la rue », en atelier. Sujets homme/machine, matière/végétal. Influences des illustrations médicales et des dessins techniques de la mécanique automobile. Des périodes, comme on parle de la période bleue et rose de Picasso. Bref, le Nassyo d’aujourd’hui est un objet artistique en constante et rapide évolution, n’ayant pas grand ’chose à voir avec le Nassyo des années 90, ou celui des années 2000. Le Nassyo d’aujourd’hui, je l’ai rencontré. Il est d’une rare courtoisie et ses toiles mêlent représentation du réel et abstraction avec une belle élégance.

Nassyo expose actuellement à l’Espace Oberkampf [1]dans une galerie qui développe un concept nouveau. L’artiste dont les toiles sont exposées dans la galerie(indoor), peint une œuvre sur le mur extérieur de ladite galerie (outdoor). Si la « carrière » de Nassyo est une succession de périodes voire de ruptures, les toiles qui ont certes des points communs (on reconnait la patte de l’artiste !), ont également de profondes différences. Elles illustrent des talents différents : celui de représenter avec une grande sensibilité le réel et, par la composition et la palette de le magnifier ; celui de fondre dans une composition maîtrisée des éléments du Monde avec le lyrisme de l’abstraction.

C’est à ce deuxième aspect que je vais m’arrêter, par goût peut-être. Cette fusion réel/abstrait est une savante et précieuse alchimie et, c’est parce que c’est complexe à « lire » que cela éveille en moi un intérêt. Pour comprendre cette synthèse, il convient d’en séparer les éléments constitutifs. Faire une analyse en somme.

Pour être clair, prenons un exemple. Une toile représente une abeille. Je vais peut-être vite en besogne, c’est peut-être une guêpe. La forme centrale du tableau représente certes un insecte en très, très gros plan et de profil, mais des indices m’invitent à définir la forme représentée comme une abeille, un insecte bienveillant à notre égard, représenté depuis la plus haute antiquité, et une guêpe, insecte malveillant mais ayant des poils noirs et jaunes comme ceux qu’on croit reconnaître sur la toile. Ayant globalement et avec une bonne prise de risque définit l’insecte, notre œil cherche à confirmer son hypothèse. Des ailles, un abdomen volumineux, des appendices. Enrichissant notre tableau intérieur, nous déduisons que le bleu Klein du haut du tableau est le ciel, que les taches rouges sont des effets de lumières au soleil couchant et que les éléments du bas de la toile rose et cernés de noir sont des fleurs groupées en merveilleux massifs. Si notre œil poursuit son inquisition, nous observons des traits très dynamiques jaunes, bleus et noirs semblant émaner du corps et une géométrisation d’une grande précision d’une « patte », des ailes, des fleurs. Le dynamisme des traits ne s’oppose pas, mais contraste avec la précision de fins dessins faits au feutre fin. 

Si le sujet est bien un insecte (quant à savoir de quel insecte il s’agit, c’est une autre histoire), la forme de son corps est un prétexte à faire de la peinture. Peu importe de savoir si ce sont de petites étoiles qui décorent le haut du corps, ou si les couleurs tendres et pastels représentent des fleurs ou les mouvements des fleurs agitées par la brise d’été. Ce que nous voyons n’est pas un insecte mais un tableau, une œuvre d’art. Pour voir un insecte précisément d’autres moyens sont à notre disposition. Ici, la composition s’impose à nous, un sujet en diagonale séparant deux espaces, un en haut, l’autre en bas. Les couleurs sont soit des camaïeux de bleus soit de franches oppositions (rouge soutenu/bleu outremer, jaune/ocre/noir). C’est dans le mélange de la géométrie et du dynamisme des lignes, dans les harmonies colorées et les contrastes en contrepoint qu’il faut chercher le plaisir. 

Nassyo n’a rien d’un peintre animalier. D’autres en d’autres temps ont fait plus et mieux. Son exposition n’est pas un bestiaire. C’est bien davantage un artiste qui à l’âge de la maturité fond dans une même œuvre toutes ses vies antérieures. Fusion des « périodes », fusion des techniques, fusion du dessin et de la peinture. Une œuvre très personnelle qui raconte l’histoire d’un artiste.

« Street/Art », le blog de Richard Tassart par Richard Tassart

http://www.entreleslignes.be/le-cercle/richard-tassart

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